GREFFES ET DONS D’ORGANES

par Mlle Carole Cermolacce

Infirmière Diplômée d'Etat







    V - Les différents types de greffes.


    1.  Les autogreffes.

       Définition : Une autogreffe est une greffe dans laquelle le greffon provient du sujet lui-même. Le donneur est le sujet qui va recevoir la greffe. Il ne s’agit jamais d’organes, mais de greffes de tissus (sang, peau, vaisseaux…). Etant donné que le donneur et le receveur sont identiques, il n’y a pas pour les autogreffes de problèmes immunologiques, et donc de rejet.


       Application du Principe de Totalité : le Principe de Totalité est, selon Pie XII, « là où se trouve la relation de tout à partie, la partie est subordonnée au tout et celui-ci peut, dans son intérêt propre, disposer de la partie ».


       L’homme peut donc disposer des parties individuelles pour les détruire ou les mutiler quand c’est nécessaire pour le bien de l’être dans son ensemble, pour assurer son existence, pour réparer des dommages graves et durables qui ne pourraient être autrement écartés.


       Exemples d’autogreffes possibles : il est permis

    -       d’amputer un membre gangrené ;

    -       de retirer des lamelles de peau pour les greffer sur les parties brûlées ;

    -       d’amputer un orteil pour remplacer un doigt perdu ou mal-formé ;

    -       de retirer des veines de la jambes pour effectuer un pontage coronarien ;

    -       de prendre des tendons du talon d’Achille pour les greffer dans le mécanisme du genou ;

    -       de prendre l’os du tibia pour reconstituer une tête de fémur ;

    -       d’utiliser une partie de l’intestin grêle pour reconstituer une vessie ;

    -       de transférer des cheveux de la région occipitale vers le front en cas de calvitie…



    2.  Les homogreffes.

           Définition : Une allogreffe ou homogreffe est une greffe faite à partir d’un donneur. Le donneur et le receveur appartiennent à la même espèce mais sont des individus différents, en l’occurrence ici des hommes.

           D’un point de vue médical, elles font l’objet de problèmes de compatibilité immunologique et donc de rejet.

           Pas d’application du Principe de Totalité : en effet, le Principe de Totalité régit les obligations de l’homme envers son corps. Or, il s’agit ici de transplanter un tissu ou un organe d’un homme (vivant ou mort) à un vivant sans qu’intervienne une relation de partie à tout.

           Argument pour justifier certaines greffes : s’il est permis en cas de nécessité de sacrifier un membre particulier (pied, œil, main, rein) à l’organisme de « l’homme » , il est aussi permis de sacrifier tel membre particulier à l’organisme « humanité ». La valeur morale de l’action humaine dépend, en premier, de son objet. Si celui-ci est immoral, l’action l’est aussi.

           Le Principe de Totalité ne donne à l’Etat aucun pouvoir sur le corps et les organes des citoyens, car ceux-ci détiennent leur corps du Créateur et non de la société (cas des régimes totalitaires du XXème siècle). Donc l’Etat ne pourrait transférer au médecin un pouvoir qu’il ne détient pas lui-même.

           Application de la charité fraternelle : dans le cas des homogreffes, il faut chercher du côté de la charité fraternelle qui conduit à sacrifier du mien pour venir en aide au prochain. A partir du moment où la vie propre et l’intégrité fonctionnelle du corps humain sont conservées, c’est vertu que de souffrir certains dommages corporels pour venir en aide au prochain. L’homogreffe est acceptée par l’Eglise mais elle est exercée dans les limites du respect de la vie et de l’intégrité fonctionnelle du donneur.

           Donc il ne saurait être question pour un vivant de donner un organe unique (cœur, foie, pancréas) pour sauver la vie du prochain, car ce serait un suicide.

           Dans le cas des organes doubles (œil, oreille), la présence des deux organes est nécessaire à l’exercice intègre de la fonction correspondante et l’ablation volontaire de l’un des deux conduirait à une mutilation grave qui ne serait pas justifiée par la charité.


    ·  Les homogreffes possibles entre vivants.
           Dans ce cas, il faut le consentement éclairé explicite du donneur devant le Président du Tribunal de        Grande Instance.

    -       Greffe du rein : le rein est un organe double, mais dont la fonction est suppléée par le rein restant, en cas de perte (volontaire ou involontaire) de l’autre. Aussi le don serait permis car, bien qu’atteignant l’intégrité matérielle du donneur, il préserve son intégrité fonctionnelle. C'est la plus fréquente et la plus fiable.
    Prélevé sous mort encéphalique aussi (voir ci-dessous).

    -       Le don de tissus renouvelables (sang, moelle osseuse, peau…) est permis, car il ne met en péril ni la vie ni l’intégrité fonctionnelle du donneur.

    -       Greffes de cellules souches hématopoïétiques : concerne les cellules du sang, de la moelle osseuse et du sang placentaire. La moelle osseuse a pour but de fabriquer des cellules souches à l’origine des globules rouges, des plaquettes et de la plupart des globules blancs. C’est le traitement de certains cancers et maladies hématopoïétiques (leucémies aiguës, leucémies myéloïdes chroniques). Le prélèvement s’effectue sur un sujet sain et demande une compatibilité tissulaire HLA. Il existe une banque de moelle osseuse comme il existe une banque du sang.


    ·  Les homogreffes possibles d’un mort à un vivant.
           En soi, les prélèvements d’organe sur un cadavre sont licites. Le cadavre n’est plus, au sens propre du mot, un sujet de droit ; car il est privé de la personnalité qui seule peut être sujet de droit.


    ·  Les homogreffes d’un donneur en état de mort encéphalique à un vivant.
           Problème moral posé par la mort encéphalique (ou mort cérébrale) :

           On oublie les signes traditionnels cardio-respiratoires de la mort pour des critères neurologiques.

           Définition donnée pour permettre les dons d’organe : c’est l’arrêt définitif, brutal et irréversible du cerveau qui n’est plus irrigué. Il s’est éteint avant le cœur et ses fonctions sont détruites. Le diagnostic s’établit sur l’absence de conscience, de réflexe et de respiration spontanée, sur 2 eeg à 4h d’intervalle ou une artériographie cérébrale. Ce diagnostic est établi par 2 médecins n’intervenant pas dans l’activité de la greffe. Cette définition a été mise en place par une Commission de la Harvard School de Boston, chargée de définir la mort en terme neurologiques pour éviter des accusation légales et morales aux équipes de transplantation, donc pour des motifs pratiques (tiré d’un extrait d’un article de don Giuseppe Rottoli paru dans la revue italienne « laTradizione cattolica »).

           PROBLEME : Peut-on vraiment se baser sur cette définition pour affirmer qu’un homme est réellement décédé ? ? ?


    ·  Les greffes maîtrisées et les nouvelles techniques permettant de basculer vers des greffes entre vivants.
          Elles sont immorales.

    -         Greffe du cœur : prélevé sous mort encéphalique, car il doit continuer de battre.

    -         Greffe de foie : prélevé sous mort encéphalique.
    Du vivant : apparition d’une technique de bipartition du greffon qui permet de partager le foie prélevé, en deux. La maîtrise de cette technique permet le prélèvement sur donneur vivant. Le foie est en effet capable de se régénérer en quelques semaines chez le donneur.
    Traitement des cirrhoses…

    -         Greffe du pancréas : prélevé sous mort encéphalique.
    Du vivant : associée la plupart du temps à la greffe rénale chez les patients dont le diabète a entraîné une insuffisance rénale. Chez le DID, tout le pancréas n’est pas hors d’atteinte, la partie déficiente est celle qui crée de l’insuline, la partie « endocrine ». Le reste du tissu fonctionne très bien. On a cherché à ne greffer que les amas de cellules (les îlots de Langherhans) sécrétant l’insuline par voie vasculaire : on isole ces cellules et elles sont injectées par la veine porte, car le foie est un terrain approprié pour les accepter. Il y a un problème de tolérance : les rejets sont très fréquents. Après un an, les patients reprennent des injections d’insuline.

    -         Greffe des poumons : très délicate, car très fragiles.
    Prélevés sous mort encéphalique : il faut que le cœur batte encore, sinon ils se détériorent très rapidement à la moindre diminution de l’oxygène.
    Du vivant : possible mais tellement risquée que les médecins ne retiennent pas cette solution.


    ·  Greffes en phase expérimentale.

    -       Greffe de neurones : en traitement curatif des maladies dégénératives par l’implantation de cellules souches, de cellules fœtales. Problème éthique de l’origine des cellules souches.

    -         Greffe de larynx et d’une partie de la trachée : après cancer ou accident. Problème de savoir sous quelle mort se font les prélèvements.

    -         Greffe de la main (greffe multissulaire) : os, moelle, peau, nerf, tendons, muscles. Les médecins estiment que cette greffe doit être pour les amputations bilatérales. En cas d’amputation simple, des reconstructions à partir du moignon du patient ou le recours à des prothèses de plus en plus perfectionnées devraient être retenus. Problème de savoir sous quelle mort se font les prélèvements.

    -         Greffe de la langue : habituellement utilisation d’un bout de l’intestin grêle, mais la taille de l’organe laisse un espace libre trop important dans la cavité orale. La greffe de langue d’un donneur pourrait remédier à ça. Sous quelle mort se fait le prélèvement ?

    -         Greffe de visage : on enlève le visage, mais aussi les muscles faciaux, la graisse sous-cutanée, les lèvres, le nez, les oreilles, huit artères, les tissus osseux à la fois du donneur et du receveur. Problème d’éthique et d’anonymat.


    3.  Les hétérogreffes.

           Définition : Une hétérogreffe ou xénogreffe est une greffe pratiquée entre deux organismes d’espèce différente, ici en l’occurrence d’un organe d’un animal chez l’homme.

           Les problèmes de rejet sont plus importants que dans les homogreffes.

           Du point de vue de la morale, l’Eglise ne condamne ni n’accepte complètement. Il faut examiner cas par cas en gardant à l’esprit ce que Jean-Paul II rappelait à la suite de Pie XII : « En principe, une hétérogreffe ne peut être licite que si l’organisme transplanté ne porte pas atteinte à l’intégrité de l’identité psychologique ou génétique de la personne qui le reçoit. »

           Par exemple : la cornée, les os, cartilages, vaisseaux sanguins, ainsi que les extraits d’hormones thyroïdiennes, extraits d’adrénaline corticoïdal… ne présentent aucun problème moral ; en revanche, la transplantation de glandes sexuelles animales sur l’homme est à rejeter comme immorale.

           Le cochon serait l’avenir de l’homme car il est proche de lui d’un point de vue physiologique et anatomique (la grosseur et la structure de ses organes sont équivalentes à celles de l’homme). Les organes de porc seraient parfaits pour réaliser des greffes chez l’homme, mais il y a un problème de rejet hyper-aigu. Pour éviter ce rejet, l’une des voies seraient « d’humaniser » les porcs en les manipulant génétiquement : nouveau problème moral.



 

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